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Produit par Veille Moon AI 8 min de lecture

OVHcloud prépare son LLM : quelle souveraineté pour les DSI ?

Octave Klaba, le patron d'OVHcloud, annonce un grand modèle de langage maison, promis en open source fin novembre selon La Tribune, mais dont Reuters situe le lancement début 2027. L'entreprise roubaisienne s'appuie sur 250 mégawatts de capacité électrique et sur le rachat de la start-up Dragon LLM pour ne plus dépendre des fournisseurs américains.

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OVHcloud prépare son LLM : quelle souveraineté pour les DSI ?
OVHcloud prépare son LLM : quelle souveraineté pour les DSI ?

Un calendrier qui se dédouble entre fin novembre et début 2027

Le 20 octobre 2026, Octave Klaba a confié à La Tribune que l'entraînement de la version 1 de son grand modèle de langage touchait à sa fin. Selon ses propos, repris par Presse-citron, BFMTV et Frandroid, cette v1 serait publiée en open source fin novembre, avec une architecture que le dirigeant qualifie de « très en avance sur son temps ». Le même jour pourtant, Reuters rapportait, via Zonebourse, que le directeur général d'OVHcloud situait le lancement du « premier modèle d'intelligence artificielle » du groupe début 2027, après un projet pilote d'OVHai Workspace, sa future plateforme de productivité. L'Agefi retient également l'échéance de début 2027 pour ce premier modèle.

Les sources ne précisent pas si ces deux annonces désignent le même objet. Il est possible qu'une version open source préliminaire sorte fin novembre, tandis que le modèle complet, structuré autour d'une architecture à mélange d'experts selon Reuters, n'arrive qu'en 2027. Aucune source ne tranche cette question, et aucune ne communique la taille du modèle, ses performances ou son budget d'entraînement précis. Pour un DSI qui doit planifier une migration ou un test, cette incertitude de calendrier compte autant que l'annonce elle-même.

Cinq couches pour ne plus dépendre d'un fournisseur tiers

Dans l'entretien à La Tribune, Octave Klaba détaille une stratégie en cinq niveaux : les GPU installés dans les data centers du groupe, l'orchestration logicielle qui répartit le travail entre ces puces, la facturation à l'usage des tokens, les outils d'hébergement pour les applications d'IA des entreprises, et enfin les usages eux-mêmes avec OVHai Workspace, une plateforme mêlant messagerie, stockage, visioconférence et agents IA. Cette dernière brique est présentée comme une réponse directe à Microsoft 365.

Le motif avancé par le dirigeant est stratégique autant qu'industriel : « Si nous ne maîtrisons pas notre LLM pour développer et faire nos métiers, quelqu'un pourra un jour nous dire : vous êtes mon concurrent, je vous coupe l'accès à mon modèle. Nous aurons donné nos données, ils feront notre métier, et nous n'aurons plus que nos yeux pour pleurer », confie-t-il à La Tribune. Il justifie aussi le choix des trois domaines d'application retenus, la cybersécurité défensive et offensive, l'assistance au code et l'IA agentique pour la finance, les ressources humaines ou le juridique, par l'héritage du groupe : « On vient de là, on doit être bon en sécurité », déclarait-il fin septembre devant les députés, selon Frandroid.

Dragon LLM et l'architecture Mamba-Transformer

OVHcloud ne part pas de rien. Le 25 mars 2026, le groupe a racheté Dragon LLM, une start-up parisienne fondée en 2011 sous le nom de Lingua Custodia, d'abord spécialisée dans la traduction pour le secteur financier. Cette société a développé une architecture hybride Mamba-Transformer, qui combine deux familles de réseaux de neurones et permettrait de traiter des textes plus longs en consommant moins d'énergie que les architectures Transformer classiques, sur lesquelles reposent des modèles comme ChatGPT. Frandroid précise qu'OVHcloud n'a pas confirmé si le LLM annoncé pour fin novembre reprend cette architecture, ni communiqué sa taille.

Côté budget, Octave Klaba estimait en juin qu'un projet qui aurait coûté environ un milliard d'euros peut désormais se mener avec 150 à 200 millions d'euros, du fait de la baisse des coûts de développement liée aux innovations matérielles et logicielles. Même le bas de cette fourchette représente six fois le flux de trésorerie dégagé par le groupe sur l'exercice clos fin août, qui s'élève à 24,7 millions d'euros selon L'Agefi et Frandroid.

OVHcloud contre Mistral : deux lectures de la souveraineté

Octave Klaba écarte toute idée d'alliance avec Mistral AI, la start-up parisienne fondée en 2023, qu'il qualifie d'« ESN de l'IA », une société de services qui ferait avant tout de l'intégration plutôt que de vendre une technologie reproductible à grande échelle. « Mistral se rapproche davantage, dans son business, d'une ESN de l'IA, car il fait avant tout de l'intégration. Est-ce que cela vaut cet argent-là ? Je n'en sais rien. Mais faire une ESN dans l'IA n'est pas notre objectif », a-t-il déclaré à La Tribune.

ÉlémentOVHcloudMistral AI
Chiffre d'affaires1,145 milliard d'euros sur l'exercice clos fin août 2026 (Klaba l'arrondit à 1,2 milliard dans son entretien)Revenu annualisé de plus de 400 millions de dollars annoncé en février, soit environ 340 millions d'euros
Base clients1,6 million de clientsQuelques dizaines à centaines de contrats signés avec de grandes entreprises, selon Klaba
Financement récentAutofinancé, premier flux de trésorerie disponible positif depuis l'introduction en Bourse de 2021Levée de 3 milliards d'euros avec Samsung en septembre 2026
Infrastructure250 mégawatts de puissance électrique dans des data centers propriétaires, dont 110 MW disponibles pour de nouveaux clientsNon précisé dans les sources
Calendrier du LLM phareV1 open source annoncée fin novembre 2026 selon La Tribune ; premier modèle d'IA situé début 2027 selon ReutersLarge 4 déjà publié en 2026

Frandroid souligne que la comparaison avancée par Octave Klaba reste discutable : OVHcloud encaisse des revenus de location de serveurs depuis 1999, quand Mistral dépense pour entraîner des modèles, comme l'ensemble du secteur. Les deux entreprises se rejoignent toutefois sur un point, puisque Mistral publie elle aussi une partie de ses modèles en open source.

Ce que cela change pour les DSI français

Pour une direction informatique qui cherche à limiter sa dépendance aux fournisseurs américains, l'arrivée annoncée d'un LLM OVHcloud ouvre une option supplémentaire, mais elle ne règle pas tout. Aucune source ne précise les performances du modèle face aux offres existantes, ni ses conditions tarifaires, ni sa date de disponibilité en production stabilisée. L'argument de la souveraineté avancé par Octave Klaba repose sur la maîtrise de bout en bout, des puces jusqu'aux usages, mais cette intégration verticale prendra du temps à produire un modèle réellement compétitif sur des benchmarks publics, ce qui n'est pas encore le cas aujourd'hui selon les informations disponibles.

En attendant un éventuel LLM maison stabilisé, les entreprises françaises disposent déjà de solutions d'accès mutualisé à plusieurs modèles hébergées en France. Moon AI, édité par Stellarr Studio SAS, héberge son application et son stockage chez OVHcloud, à Strasbourg et à Roubaix, et donne accès à plus de 70 modèles, dont GPT, Claude, Gemini, Mistral, DeepSeek, Llama, Grok, Qwen et son modèle Moon 6, via un abonnement unique. Un mécanisme nommé Moon Blur remplace les données personnelles par des jetons avant l'envoi aux modèles tiers, puis les rétablit au retour, ce qui constitue une pseudonymisation au sens du RGPD et non une anonymisation, le procédé étant réversible. Les requêtes adressées aux modèles tiers partent bien chez leurs fournisseurs d'origine une fois pseudonymisées : l'hébergement français de l'application ne signifie pas que toutes les données restent sur le territoire national à chaque étape du traitement.

Une faille de sécurité qui rappelle les enjeux de confiance

La promesse de souveraineté d'OVHcloud se heurte aussi, dans l'actualité récente, à un incident révélateur des risques propres à toute infrastructure, qu'elle soit américaine ou française. Le 19 octobre 2026, selon Frandroid, un pirate a introduit un programme malveillant dans l'outil en ligne de commande officiel d'OVHcloud, en passant par le compte GitHub d'un développeur de l'entreprise. Ce programme fouillait le disque des utilisateurs pour en récupérer les identifiants d'accès. Octave Klaba a confirmé l'incident sur X, précisant que la version compromise avait été mise en ligne à 14h47 et bloquée à 16h21, après le signalement d'un client. Les versions v0.11.0 à v0.15.0 étaient concernées ; la v0.16.0, publiée depuis, est saine. OVHcloud a demandé aux utilisateurs concernés de changer l'ensemble des secrets stockés sur leur machine, clés API, clés SSH, jetons GitHub et mots de passe en clair. L'entreprise n'a pas précisé combien d'utilisateurs avaient téléchargé les versions piégées. Cet épisode rappelle qu'une infrastructure hébergée en France ne met pas automatiquement à l'abri d'une compromission, et que la question de la confiance ne se résume pas à la localisation géographique des serveurs.

Questions fréquentes

Le LLM d'OVHcloud sera-t-il vraiment disponible fin novembre 2026 ?

Les sources se contredisent. La Tribune, relayée par Presse-citron, BFMTV et Frandroid, rapporte une publication en open source d'une v1 fin novembre 2026. Reuters, via Zonebourse, et l'Agefi situent de leur côté le lancement du premier modèle d'IA du groupe début 2027. Aucune communication officielle ne permet de trancher entre ces deux calendriers à ce jour.

OVHcloud et Mistral vont-ils collaborer ?

Non selon les déclarations d'Octave Klaba à La Tribune. Le dirigeant écarte toute alliance et présente Mistral comme un concurrent, qu'il compare à une entreprise de services du numérique plutôt qu'à un éditeur de technologie.

Quelle est la différence entre louer de l'infrastructure OVHcloud et utiliser son futur LLM ?

Aujourd'hui, OVHcloud loue des capacités de calcul (GPU, data centers) qui permettent de faire tourner des modèles ouverts tiers, dont ceux de Mistral. Le LLM annoncé ajouterait une brique supplémentaire, propriétaire, que l'entreprise maîtriserait de bout en bout, des puces jusqu'aux applications métier, selon la stratégie en cinq couches décrite par Octave Klaba.

Qu'est-ce que l'architecture à mélange d'experts évoquée par Reuters ?

Il s'agit d'une architecture qui achemine les tâches vers des sous-modèles spécialisés plutôt que de solliciter l'ensemble du modèle pour chaque requête, selon les propos d'Octave Klaba rapportés par Reuters. Les sources ne précisent pas si cette architecture correspond à celle issue du rachat de Dragon LLM, ni si elle concerne la v1 annoncée pour fin novembre ou le modèle prévu pour début 2027.

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