Le HTEC AI Value Realization Report 2026, étude indépendante commandée par HTEC et réalisée par Censuswide en juillet 2026 auprès de 1 500 cadres dirigeants, dresse un constat qui dépasse le seul périmètre géographique étudié. L'enquête porte sur les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis : elle ne couvre pas la France, et aucune donnée spécifique au marché français n'a été communiquée. Mais les dynamiques qu'elle révèle, accélération des budgets IA et difficulté croissante à en mesurer la valeur, concernent directement les DSI français, qui pilotent les mêmes arbitrages avec des contraintes de gouvernance comparables.
Des budgets IA qui grimpent, une valeur qui se dérobe
Selon l'étude, 79% des organisations interrogées ont augmenté leurs investissements dans l'IA au cours de l'année écoulée, avec une hausse moyenne des dépenses de 31%. Ce chiffre traduit une accélération nette de l'adoption. Mais il s'accompagne d'un aveu plus inquiétant : 77% des dirigeants estiment que la valeur de l'IA est aujourd'hui davantage limitée par les personnes et les processus que par la technologie elle-même.
« Le débat sur l'IA a évolué. Le défi ne consiste plus simplement à accéder à l'IA ou à trouver des domaines où la déployer. Il s'agit de prouver que cet investissement se traduit par des résultats commerciaux significatifs », a déclaré Alex Rumble, directeur marketing chez HTEC. Il ajoute que les obstacles sont « de plus en plus d'ordre organisationnel plutôt que technologique », appelant les entreprises à accorder autant d'attention à l'adoption, aux modèles opérationnels, à la mesure des résultats et à la gouvernance qu'à la technologie elle-même.
La fin du mirage de la réduction des coûts
L'étude montre un déplacement dans la définition même de la valeur attendue de l'IA. Seuls 18% des dirigeants placent la réduction des coûts parmi leurs priorités. L'amélioration de la qualité des décisions, la productivité, l'expérience client, l'innovation et la réduction des délais de mise sur le marché occupent désormais une place plus importante dans les objectifs affichés.
Cet élargissement des attentes complique paradoxalement la mesure de la valeur : plus les objectifs sont nombreux et qualitatifs, plus il devient difficile de les rattacher à un indicateur unique. Seules 27% des entreprises ont clairement communiqué leurs objectifs IA et les résultats attendus à l'ensemble de l'organisation. Les autres avancent sans cadre partagé, ce qui rend toute évaluation du retour sur investissement largement subjective d'une direction à l'autre.
Le point aveugle de la visibilité et du risque
Le chiffre le plus révélateur de l'étude concerne la visibilité d'ensemble : 71,5% des entreprises ne disposent pas d'une vision globale sur l'adoption de l'IA au sein de leur organisation. Elles s'appuient à la place sur des remontées partielles, un suivi au niveau de chaque fonction, des retours informels, voire aucune visibilité du tout.
Ce manque de visibilité commence à produire des effets concrets. Environ un quart des dirigeants signalent des coûts d'utilisation de l'IA plus élevés, conséquence directe d'un suivi insuffisant. Et 26% citent un recours accru à des partenaires externes comme conséquence inattendue de l'adoption de l'IA, signe que les équipes internes ne parviennent pas toujours à absorber seules la complexité des déploiements.
Sur le volet du risque, l'écart est encore plus marqué : seules 14% des entreprises mesurent systématiquement les risques liés à l'IA sur l'ensemble de leur portefeuille d'usages. Les approches de supervision humaine restent, selon l'étude, « très fragmentées ». Lawrence Whittle, directeur de la stratégie chez HTEC, résume l'enjeu : « J'ai vu plusieurs technologies transformer l'entreprise, mais l'IA est différente, car elle peut de plus en plus agir, et pas seulement informer. Plus cette autonomie s'accroît, plus les organisations doivent définir clairement les risques, la supervision et la responsabilité. »
Les indicateurs clés de l'étude
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Organisations ayant augmenté leurs investissements IA | 79% |
| Hausse moyenne des dépenses | 31% |
| Dirigeants pointant des freins organisationnels plutôt que technologiques | 77% |
| Dirigeants plaçant la réduction des coûts en priorité | 18% |
| Entreprises ayant clairement communiqué leurs objectifs IA | 27% |
| Entreprises sans visibilité globale sur l'adoption de l'IA | 71,5% |
| Dirigeants citant un recours accru à des partenaires externes | 26% |
| Entreprises mesurant systématiquement les risques IA | 14% |
Des maturités très inégales selon les secteurs
L'étude met en évidence des écarts marqués entre secteurs d'activité. Les télécommunications apparaissent en tête : 52% des entreprises y ont déjà déployé à grande échelle des initiatives bien établies ou se décrivent comme fondées sur l'IA. La santé progresse plus prudemment, avec 28% des entreprises encore au stade de l'exploration préliminaire.
Les attentes diffèrent aussi selon les secteurs. Les services financiers et les télécommunications privilégient l'amélioration de la qualité des décisions. L'industrie manufacturière mise sur la productivité. L'automobile, la santé et les sciences de la vie recherchent avant tout une accélération des délais de mise sur le marché. Les freins suivent la même logique sectorielle : près d'un tiers des dirigeants du secteur manufacturier identifient la disponibilité des données comme principal obstacle à la mesure, les entreprises automobiles sont freinées par les limites de leurs outils, et les détaillants peinent particulièrement à attribuer leurs résultats à l'IA. HTEC a annoncé une série de rapports sectoriels à venir, portant sur les services financiers et l'assurance, la santé, l'automobile, les télécommunications, le commerce de détail, les semi-conducteurs, ainsi que l'industrie manufacturière et les services publics.
Ce que cela change pour les DSI français
Aucune donnée française n'a été publiée dans cette étude : impossible, en l'état, de dire si les entreprises hexagonales affichent les mêmes proportions. Mais la structure du problème décrite par HTEC, budgets qui montent plus vite que la capacité à en mesurer l'effet, est un symptôme que les DSI français reconnaissent déjà dans leurs propres comités de pilotage. Trois chantiers se dégagent directement des résultats de l'étude.
D'abord, la communication des objectifs. Avec seulement 27% des organisations ayant clairement partagé leurs objectifs IA en interne, le premier levier de gouvernance n'est pas technique : c'est documentaire. Un DSI qui structure un référentiel d'usages, avec des indicateurs de succès définis en amont de chaque projet, réduit mécaniquement le risque de ne jamais savoir si l'investissement a porté ses fruits.
Ensuite, la visibilité sur l'usage réel. Le chiffre de 71,5% d'entreprises sans vision globale pointe vers un problème de shadow AI : des usages dispersés, non catalogués, qui échappent à tout contrôle de coût ou de conformité. Centraliser l'accès aux modèles d'intelligence artificielle derrière une gouvernance unique, plutôt que de laisser chaque équipe souscrire isolement à des outils distincts, est l'une des réponses disponibles sur le marché. Des plateformes comme Moon AI, qui regroupent plus de 70 modèles (GPT, Claude, Gemini, Mistral, DeepSeek, Llama, Grok, Qwen et le modèle maison Moon 6) sous un abonnement unique avec des paliers tarifaires lisibles, permettent par construction de suivre les usages depuis un seul point d'entrée plutôt que de multiplier les contrats individuels. Cela ne résout pas à lui seul le problème de gouvernance décrit par HTEC, mais cela donne à un DSI une base de suivi commune, condition préalable à toute mesure de risque ou de valeur.
Enfin, la mesure du risque. Avec seulement 14% des entreprises mesurant systématiquement le risque IA sur l'ensemble de leur portefeuille, la supervision humaine reste, selon les mots de Lawrence Whittle, un chantier à bâtir au rythme où l'autonomie des systèmes s'accroît. Pour un DSI français, cela signifie intégrer l'IA dans les mêmes dispositifs de cartographie des risques que les autres systèmes d'information critiques, plutôt que de la traiter comme un sujet à part.
Questions fréquentes
L'étude HTEC concerne-t-elle les entreprises françaises ?
Non directement. L'enquête Censuswide a été menée en juillet 2026 auprès de 1 500 cadres dirigeants aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. Aucune donnée spécifique à la France n'a été publiée dans ce rapport.
Pourquoi 79% d'augmentation des investissements ne garantit-il pas un retour sur investissement ?
Parce que, selon l'étude, 77% des dirigeants jugent que la valeur de l'IA est limitée par les personnes et les processus, pas par la technologie. Augmenter un budget sans structurer la gouvernance, la mesure des résultats et la supervision des risques ne garantit aucun résultat mesurable.
Quel est le principal point faible des entreprises selon ce rapport ?
La visibilité d'ensemble. 71,5% des entreprises interrogées n'ont pas de vue globale sur l'adoption, les usages et les résultats de l'IA au sein de leur organisation, ce qui les empêche de rattacher les dépenses aux bénéfices réels.
Centraliser les modèles d'IA suffit-il à résoudre le problème de gouvernance ?
Non. Cela offre une base de suivi commune et réduit la dispersion des usages, mais l'étude HTEC montre que la gouvernance, la mesure du risque et la communication des objectifs restent des chantiers organisationnels distincts, qui ne se résolvent pas par le seul choix d'un outil.