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Sécurité par Veille Moon AI 8 min de lecture

Frigos pirates en 28 minutes par Claude : la responsabilité des DSI en question

Des chercheurs de Claroty ont reproduit en laboratoire, en 28 minutes et grâce à l'IA Claude d'Anthropic, la cyberattaque qui a fait surchauffer les frigos de centaines de supermarchés français. L'expérience démontre qu'aucune compétence technique poussée n'est nécessaire pour exploiter une faille connue depuis août 2026.

Veille automatisée Rédigé par IA, vérifié par un second modèle, sans relecture humaine préalable. Notre méthode
Frigos pirates en 28 minutes par Claude : la responsabilité des DSI en question
Frigos pirates en 28 minutes par Claude : la responsabilité des DSI en question

Vingt-huit minutes. C'est le temps qu'il a fallu à l'agent conversationnel Claude, développé par Anthropic, pour reproduire en laboratoire la cyberattaque qui a touché les frigos de centaines de supermarchés français, dont Intermarché, Leclerc, Carrefour et Netto. L'expérience a été menée par les chercheurs de Claroty, entreprise de cybersécurité israélo-américaine, sur un contrôleur de la marque danoise Danfoss, déconnecté d'Internet pour éviter tout dégât réel. Le résultat intéresse directement les directions informatiques françaises : il déplace la question de la faiblesse technique vers celle de la gouvernance des outils d'IA générative en entreprise.

Vingt-huit minutes pour reproduire une cyberattaque nationale

Lors du test, l'IA a pris le contrôle du système de refroidissement et activé à distance la fonction de dégivrage, portant la température au-delà de 50 degrés. « On se rend compte qu'il n'est plus nécessaire d'avoir des compétences poussées », explique Amir Preminger, directeur technique de Claroty, cité par La Tribune. Il précise un détail qui pèse lourd pour l'analyse de risque : le modèle utilisé pour le test n'était même pas la version la plus récente de Claude. Autrement dit, la reproduction de l'attaque n'a pas nécessité un accès privilégié à une technologie de pointe, mais un simple accès à un modèle de langage disponible publiquement.

Une faille connue, documentée, et pourtant exploitée

Le mécanisme du « code du jour »

La faille exploitée n'avait rien d'un secret. Elle se situe dans le mécanisme de secours des contrôleurs Danfoss, baptisé « code du jour » : chaque jour, le boîtier génère un mot de passe administrateur temporaire, calculé uniquement à partir de la date et de l'heure internes de l'appareil. En reproduisant ce calcul, un attaquant peut se connecter sans connaître le véritable mot de passe, puis lancer le dégivrage à distance. Claroty a divulgué cette faille en août 2026, soit deux mois avant la cyberattaque nationale contre les supermarchés. Danfoss a publié un correctif, mais estime que certains appareils sont trop anciens pour être mis à jour.

Un signalement traité rapidement, mais des équipements obsolètes non corrigés

La société française Synacktiv avait signalé des vulnérabilités analogues trois ans plus tôt. Kevin Tellier, chercheur chez Synacktiv, se souvient d'un constructeur plutôt réactif à l'époque : Danfoss avait « pris en compte, sous quinze jours, le rapport que nous lui avions soumis ». La vulnérabilité avait ensuite été rendue publique sur le site du fabricant. Mais pour les systèmes devenus obsolètes, Danfoss indique avoir seulement notifié les clients concernés et recommandé d'isoler les équipements vulnérables, sans pouvoir garantir de correctif universel.

PériodeÉvénement
Trois ans avant 2026Synacktiv signale des vulnérabilités analogues sur les contrôleurs concernés
Quinze jours après le signalementDanfoss prend en compte le rapport et publie la vulnérabilité sur son site
Août 2026Claroty divulgue la faille du « code du jour » sur les contrôleurs Danfoss
Deux mois plus tard (octobre 2026)Cyberattaque nationale contre les frigos de centaines de supermarchés français
14 octobre 2026Claroty rend publique sa reproduction de l'attaque via Claude, en 28 minutes

L'IA générative abaisse la barrière d'entrée

Plusieurs experts interrogés par 01net convergent sur ce point. Pour Samuel Hassine, PDG de Filigran, « ce n'est pas une attaque sophistiquée » : « la barrière d'entrée est très basse, donc le nombre d'acteurs capables de le faire est très élevé ». Cette dispersion rend d'ailleurs l'attribution de l'offensive particulièrement difficile. Romain Ponceau, directeur général d'Opinion Act, confirme : « Trouver et exploiter ce type de faille n'est plus si complexe aujourd'hui. » Selon lui, les attaquants profitent surtout de « l'absence de correctifs sur des équipements que l'on peut facilement trouver en ligne ». Avant l'arrivée des agents IA, Amir Preminger souligne qu'« il y a deux ans, on se serait forcément penché sur la piste d'un acte commis avec beaucoup de moyens ». Ce repère temporel donne la mesure du changement : une attaque qui exigeait autrefois une expertise de niche devient accessible à quiconque dispose d'un accès à un modèle de langage.

CritèreAvant l'usage d'un agent IAAvec un agent IA généraliste
Compétences requisesExpertise en sécurité des systèmes industrielsAccès à un modèle de langage, sans compétence poussée
Hypothèse d'enquête initialeActe commis avec beaucoup de moyensBarrière d'entrée très basse, attribution difficile
Temps de reproduction en laboratoireNon précisé dans les sources28 minutes chronométrées

Des milliers d'appareils encore exposés en France

Amir Preminger souligne que de nombreuses interfaces de pilotage des frigos Danfoss ou Dixell, l'autre constructeur concerné par la cyberattaque, restent exposées directement sur Internet, à la portée du premier venu. La France en compterait des milliers, et serait le pays le plus exposé selon les chercheurs de Claroty. Certains distributeurs ont commencé à retirer ces interfaces après la cyberattaque nationale, mais une large part demeure en ligne. Romain Ponceau redoute un « effet d'imitation » à très court terme, ainsi que la présence hypothétique de « programmes malveillants dormants, capables de s'activer même si les équipements ont été déconnectés ». Il n'exclut pas une extension des attaques « aux étiquettes électroniques (bloquant la mise à jour des prix), aux caméras de vidéosurveillance ou aux systèmes logistiques ». L'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) appelle les entités concernées à corriger les failles et a cesser d'exposer leurs équipements sur Internet.

La question que l'incident pose aux DSI

L'expérience de Claroty n'a pas été menée par un pirate isolé mais par une équipe de recherche, dans un cadre contrôlé, sur un équipement déconnecté. Ce détail compte : il montre que l'agentivité de Claude, sa capacité à exécuter des actions concrètes sur un système cible plutôt qu'à simplement répondre à des questions, a été mise au service d'une démonstration défensive. Mais rien n'empêche qu'un usage identique soit tenté dans un cadre offensif, par un acteur malveillant disposant du même accès à un modèle de langage. Les textes consultés ne précisent pas comment le règlement européen sur l'intelligence artificielle qualifierait un tel usage, ni quelle chaîne de responsabilité s'appliquerait entre l'éditeur du modèle, l'entreprise qui aurait déployé l'agent, et le fabricant de l'équipement vulnérable. Cette zone grise est précisément ce que l'incident des frigos met en lumière pour les directions des systèmes d'information françaises : la vitesse d'exécution d'un agent IA (28 minutes pour reproduire une attaque jugée autrefois complexe) rend obsolète l'idée qu'une faille connue et non corrigée représente un risque théorique. Elle devient un risque immédiatement exploitable, par un acteur sans compétence spécialisée, avec les outils que ce même professionnel pourrait utiliser au quotidien dans son travail.

Ce que les entreprises peuvent faire des maintenant

Les recommandations qui se dégagent des sources disponibles restent d'abord opérationnelles. L'ANSSI appelle à corriger les failles connues et a ne plus exposer d'équipements de pilotage sur Internet. Pour les systèmes trop anciens pour recevoir un correctif, Danfoss recommande l'isolation complète des équipements vulnérables. Côté gouvernance de l'IA, l'incident invite aussi les DSI à documenter précisément quels modèles sont accessibles aux équipes, pour quels usages, et dans quelles conditions de traitement des données transmises à des fournisseurs tiers. Des plateformes françaises comme Moon AI, éditée par Stellarr Studio SAS, proposent par exemple un accès centralisé à plusieurs dizaines de modèles (GPT, Claude, Gemini, Mistral et d'autres) sous un abonnement unique, avec un mécanisme nommé Moon Blur qui remplace les données personnelles par des jetons avant leur envoi aux modèles tiers, puis les rétablit au retour. Ce procédé, réversible, constitue une pseudonymisation au sens du RGPD, pas une anonymisation : les requêtes transitent bien, après ce traitement, chez les fournisseurs des modèles sollicités. Ce type d'outil ne résout pas la question de la responsabilité juridique posée par l'incident des frigos, mais il illustre les leviers concrets dont disposent déjà les DSI pour tracer et encadrer l'usage des agents conversationnels dans leur organisation.

Questions fréquentes

N'importe quel employé pourrait-il reproduire ce type d'attaque avec un chatbot grand public ?

Les chercheurs de Claroty confirment qu'aucune compétence technique poussée n'était nécessaire pour mener le test, et que le modèle utilisé n'était même pas la version la plus récente de Claude. Cela ne signifie pas que tout usage malveillant réussirait automatiquement, mais que la barrière d'entrée technique, selon plusieurs experts cités par 01net, est désormais très basse.

Le correctif publié par Danfoss suffit-il a sécuriser les équipements ?

Non pour l'ensemble du parc. Danfoss a publié un correctif, mais estime que certains appareils sont trop anciens pour être mis à jour. Pour ces systèmes, le constructeur a notifié les clients concernés et recommande d'isoler les équipements vulnérables plutôt que de les corriger.

Combien d'appareils restent exposés en France ?

Selon Claroty, la France compte des milliers d'interfaces de pilotage Danfoss ou Dixell exposées sur Internet, ce qui en ferait le pays le plus exposé. Certains distributeurs ont commencé à retirer ces interfaces après la cyberattaque nationale, mais une large part resterait encore accessible.

Qui porte la responsabilité si un agent IA facilite une cyberattaque contre une entreprise ?

Les sources disponibles ne tranchent pas cette question. L'expérience de Claroty a été menée dans un cadre de recherche contrôlé, sur un équipement déconnecté, et ne constitue pas un précédent judiciaire. La répartition des responsabilités entre éditeur du modèle, entreprise utilisatrice et fabricant de l'équipement vulnérable reste, à ce stade, une question ouverte pour les directions juridiques et informatiques.

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