Claude Cowork n'a pas été conçu pour le codage, contrairement à ce que son lien avec Claude Code laissait supposer. Selon les données publiées par Anthropic, l'outil s'est imposé dans les tâches administratives du quotidien : tri de courriels, consolidation de tableurs, organisation de fichiers. L'éditeur appelle cela « le travail autour du travail », c'est-à-dire tout ce qui n'apparaît dans aucune fiche de poste mais occupe une part importante de la semaine de chacun.
Ce que révèlent 1,2 million de sessions Cowork
Anthropic indique avoir « analysé un échantillon de 1,2 million de sessions Claude Cowork anonymisées et agrégées » entre le 11 et le 31 mai 2026, au sein de plus de 600 000 organisations. Le résultat contredit l'image d'un outil réservé aux développeurs : plus de 90 % des sessions étudiées n'avaient aucun rapport avec le développement logiciel.
La moitié de l'utilisation se répartit entre deux catégories précises, selon les chiffres communiqués par l'entreprise.
| Catégorie d'usage | Part des sessions analysées |
|---|---|
| Processus métier et opérations | 33,4 % |
| Création de contenu et rédaction publicitaire | 16,4 % |
| Autres usages non liés au codage | Non détaillé par Anthropic |
| Développement logiciel | Moins de 10 % |
Anthropic résume ainsi sa lecture des données : « Nos données suggèrent que les utilisateurs se servent de Claude Cowork pour rassembler et structurer les informations dont ils ont besoin pour mettre en pratique leur expertise ». L'entreprise ne détaille pas la composition exacte des usages restants, qui représentent une part significative des sessions analysées.
Du bureau au cloud : un changement d'architecture, pas un simple déplacement
Jusqu'ici, l'expérience Cowork la plus complète restait celle du poste de travail, où Claude pouvait s'appuyer sur les fichiers locaux et le navigateur. La bascule vers le Web et le mobile change la donne : les sessions tournent désormais dans le cloud, sur l'infrastructure d'Anthropic, et non plus uniquement sur l'ordinateur de l'utilisateur. Un utilisateur peut lancer une tâche depuis son bureau, suivre sa progression depuis son téléphone, et récupérer le résultat depuis n'importe quel navigateur, sans que l'ordinateur portable reste allumé.
Cette architecture cloud repose sur un environnement isolé et temporaire, créé pour chaque session et détruit à sa fin. Par défaut, ce bac à sable n'a accès à aucune adresse privée, interne ou liée au réseau de l'organisation. Tout le trafic sortant passe par un relais obligatoire que la session ne peut ni reconfigurer ni contourner, et seules les destinations autorisées sont accessibles. Les identifiants utilisés dans la session sont de courte durée et expirent en quelques heures.
Que devient le fichier local ouvert par Claude ?
Quand une tâche a besoin d'un fichier local ou du navigateur de l'utilisateur, la session cloud passe par l'application Claude Desktop installée sur cet appareil, et uniquement pour les dossiers explicitement connectés. Mais le point central pour un responsable conformité tient dans une précision technique d'Anthropic : parce que la session tourne sur ses serveurs, le travail effectué, y compris sur les fichiers locaux ouverts via l'application de bureau, est traité sur ces serveurs plutôt que de rester sur l'ordinateur. Si l'application de bureau est hors ligne, la session cloud ne peut simplement pas atteindre l'appareil.
Les leviers de contrôle pour les organisations Team et Enterprise
Anthropic propose des réglages différenciés selon le type d'abonnement. Sur les forfaits Team, l'exécution des sessions dans le cloud est activée par défaut, mais un propriétaire peut la désactiver à tout moment. Sur les forfaits Enterprise, elle est au contraire désactivée par défaut : c'est au propriétaire de l'activer, puis d'attribuer cette capacité à des groupes via des rôles personnalisés.
| Paramètre | Forfait Team | Forfait Enterprise |
|---|---|---|
| Exécution des sessions dans le cloud | Activée par défaut, désactivable par le propriétaire | Désactivée par défaut, activation manuelle puis attribution par rôles |
| Contrôle par équipe | Réglage global, tout ou rien | Groupes et rôles personnalisés possibles |
| Approbation des connecteurs en écriture | Réglage organisationnel, désactivé par défaut | Se combine avec les rôles, le réglage le plus restrictif prévaut |
Les tâches menées via le Web et le mobile sont par ailleurs capturées dans l'API de conformité d'Anthropic, et les organisations Team et Enterprise peuvent diffuser les événements Cowork vers leurs propres outils de supervision via OpenTelemetry. La documentation d'Anthropic précise cependant une limite technique importante : les outils de détection sur les postes de travail (EDR) ne peuvent pas observer ce qui se passe à l'intérieur de l'environnement isolé, puisque la session tourne entièrement hors des points de terminaison de l'entreprise. Une organisation dont la posture de conformité dépend d'une visibilité au niveau du poste doit en tenir compte avant tout déploiement.
Concernant la suppression, une tâche effacée par l'utilisateur disparaît immédiatement de l'historique visible, mais reste supprimée des systèmes de stockage internes d'Anthropic dans un délai de 30 jours, conformément à ses périodes de conservation.
Prompt injection et vigilance : les risques propres à un agent autonome
Anthropic reconnaît que Cowork présente des risques spécifiques du fait de sa nature agentique et de son accès à internet. L'entreprise décrit le scénario type d'une attaque par injection de prompt : des instructions malveillantes glissées dans un courriel ou une page web que l'agent lit dans le cadre d'une tâche légitime, et qui tentent de détourner son comportement. Anthropic indique avoir entraîné Claude à reconnaître ces tentatives et avoir fait tester ce mécanisme par des experts en sécurité externes, tout en précisant que le risque n'est jamais nul.
Trois modes d'approbation coexistent : validation manuelle de chaque action, validation automatique avec contrôle de sécurité intégré, ou suppression totale des approbations pour les utilisateurs qui font pleinement confiance à la tâche. L'éditeur recommande de rester en mode manuel dès que la tâche touche à des fichiers sensibles, à des comptes, ou à des actions difficiles à annuler comme l'envoi de messages ou un achat.
La question qui reste ouverte pour les entreprises francophones
Les sources d'Anthropic ne précisent pas la localisation géographique des serveurs sur lesquels tournent les sessions cloud de Cowork, ni les conditions tarifaires applicables en France pour les différents forfaits. Pour une organisation soumise au RGPD, cette absence d'information sur le lieu de traitement constitue un point à clarifier avant tout déploiement à grande échelle, d'autant que l'agent peut, selon la documentation d'Anthropic, lire des courriels professionnels, des documents et des fichiers locaux dans le cadre d'une même session.
Des plateformes françaises proposent une architecture différente sur ce point précis. Moon AI, éditée par Stellarr Studio SAS, héberge son application et son stockage chez OVHcloud, à Strasbourg et à Roubaix, et applique un mécanisme appelé Moon Blur qui remplace les données personnelles par des jetons avant leur envoi aux modèles tiers, puis les rétablit au retour. Ce procédé étant réversible, il s'agit d'une pseudonymisation au sens du RGPD, et non d'une anonymisation : les requêtes adressées aux modèles tiers partent bien chez leurs fournisseurs une fois pseudonymisées, comme c'est le cas pour tout assistant multi-modèles qui s'appuie sur des modèles externes.
Le journaliste de ZDNet qui a testé la nouvelle version de Cowork s'interroge d'ailleurs, dans son article, sur l'utilité de maintenir un serveur dédié avec l'outil concurrent OpenClaw, gratuit et sans limite d'utilisation, dès lors qu'il paie déjà pour un abonnement Claude Max. Cette réflexion illustre un arbitrage désormais fréquent chez les professionnels : accepter les limites d'usage d'un abonnement cloud contre davantage de fiabilité et de simplicité, ou conserver une exécution locale pour garder la main sur l'emplacement du traitement.
Foire aux questions
Les données traitées par Claude Cowork quittent-elles l'ordinateur de l'utilisateur ?
Oui, dès qu'une session tourne dans le cloud. Anthropic précise que le travail effectué, y compris sur des fichiers locaux ouverts via l'application de bureau, est traité sur ses serveurs plutôt que de rester sur l'appareil de l'utilisateur.
Une entreprise peut-elle empêcher l'exécution des sessions Cowork dans le cloud ?
Oui pour les forfaits Team, où un propriétaire peut désactiver ce réglage à tout moment. Sur les forfaits Enterprise, l'exécution dans le cloud est désactivée par défaut et doit être activée volontairement, puis attribuée à des groupes précis via des rôles personnalisés.
Cowork est-il vraiment utilisé pour autre chose que le codage ?
Selon l'analyse d'Anthropic portant sur 1,2 million de sessions menées entre le 11 et le 31 mai 2026 dans plus de 600 000 organisations, plus de 90 % des sessions n'avaient aucun rapport avec le développement logiciel. Les processus métier (33,4 %) et la création de contenu (16,4 %) représentent ensemble la moitié de l'utilisation observée.
Existe-t-il une alternative hébergée en France pour ce type d'usage ?
Des plateformes comme Moon AI hébergent leur application et leur stockage en France, chez OVHcloud à Strasbourg et Roubaix, et appliquent une pseudonymisation des données personnelles avant tout envoi aux modèles tiers. Ce mécanisme ne signifie pas que les requêtes ne quittent jamais la France : une fois pseudonymisées, elles partent bien chez les fournisseurs des modèles sollicités.