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Sécurité par Veille Moon AI 11 min de lecture

Zéro Data Retention OpenAI : ce que le RGPD exige des DSI français

Le 19 août 2026, OpenAI a annoncé vouloir généraliser le Zéro Data Retention et présenté Private Safety Processing, une surveillance automatisée censée détecter les abus sans lecture humaine. Pour un DSI français, la promesse de non-conservation des requêtes API répond à une seule exigence du RGPD, la limitation de la durée de conservation, et laisse ouvertes des questions de base légale, de contrat de sous-traitance et de transferts hors Union européenne.

Veille automatisée Rédigé par IA, vérifié par un second modèle, sans relecture humaine préalable. Notre méthode
Zéro Data Retention OpenAI : ce que le RGPD exige des DSI français
Zéro Data Retention OpenAI : ce que le RGPD exige des DSI français

Ce que change réellement le Zero Data Retention

Le 19 août 2026, OpenAI a annoncé vouloir faire du Zero Data Retention (ZDR, ou rétention zéro des données) une pierre angulaire de son offre aux entreprises. Le principe technique n'est pas neuf : il était déjà proposé à certains clients de l'API depuis 2023. Ce qui change, c'est la volonté affichée d'en faire un argument commercial central, alors que les entreprises confient à l'IA des tâches de plus en plus longues et des informations de plus en plus sensibles.

Dans sa communication, OpenAI explique que l'entreprise ne conserve ni les invites ni les réponses des modèles une fois la requête traitée, que le contenu client n'est pas accessible au personnel d'OpenAI pour relecture, et que les données des clients entreprise ne servent pas à entraîner ses modèles, sauf choix explicite du client. Le régime bascule donc, pour les clients éligibles, d'une logique « par défaut on conserve » vers une logique « par défaut on ne conserve rien ».

Ce basculement ne concerne toutefois que l'API et les clients jugés éligibles, pas l'ensemble des usages. La version grand public de ChatGPT, comptes gratuits ou Plus, reste soumise à des conditions distinctes : par défaut, les conversations peuvent contribuer à l'entraînement des modèles, sauf réglage contraire de l'utilisateur. Pour un DSI, la première vérification consiste à s'assurer que ses équipes utilisent bien l'API sous contrat entreprise, et non des comptes individuels grand public, avant de considérer le ZDR comme acquis.

Un pas en avant sur la confidentialité, un pas en arrière sur la vitesse

L'annonce du ZDR ne survient pas isolément. La même semaine, OpenAI a indiqué avoir temporairement ralenti le rythme de mise à l'échelle de ses modèles et suspendu pendant deux semaines l'entraînement par apprentissage par renforcement, le temps de renforcer et de soumettre à des tests d'intrusion son environnement de recherche et d'élargir sa surveillance. L'entreprise précise que sa plus grande campagne d'entraînement par renforcement prévue reste suspendue, en attendant des preuves supplémentaires d'alignement du comportement des modèles. Le surcoût de cette surveillance renforcée est chiffré par l'entreprise à environ 20 % de la puissance de calcul d'inférence surveillée, un ordre de grandeur qui n'est pas anodin pour les budgets IT.

Ce calendrier resserré interroge des analystes. Carmi Levy, analyste indépendant cité par Computerworld, y voit une manoeuvre habilement conçue pour marquer des points de communication alors que les inquiétudes sur la sécurité de l'IA agentique s'accumulent, tout en jugeant la pause de deux semaines largement insuffisante en l'absence de régulation contraignante. Jason Andersen, analyste principal chez Moor Insights & Strategy, parle lui d'un théâtre pragmatique à l'approche d'une introduction en bourse, tout en reconnaissant qu'approfondir la confiance des entreprises est la seule voie de croissance durable pour OpenAI après cotation.

Private Safety Processing : surveiller sans lire, une nouvelle finalité de traitement

Le second volet de l'annonce est Private Safety Processing, une fonctionnalité encore en prévisualisation chez des clients sélectionnés. L'objectif est de détecter des schémas d'abus qui ne deviennent visibles qu'en croisant plusieurs interactions liées entre elles, par exemple un acteur malveillant qui répartit ses requêtes dans le temps pour échapper à la détection. Le mécanisme repose sur des agents automatisés qui analysent ces enchaînements sans que le personnel d'OpenAI n'accède au contenu sous-jacent ; en cas de déclenchement, un signal étroitement défini est transmis à OpenAI, qui décide alors si une action s'impose, et peut solliciter le client pour obtenir davantage de contexte.

OpenAI travaille également sur une option où les données resteraient hébergées sur l'infrastructure du client, et une autre où elles resteraient chez OpenAI mais chiffrées avec des clés contrôlées par le client. Brian Levine, directeur exécutif de FormerGov cité par Computerworld, tempère la promesse : selon lui, la rétention n'est jamais vraiment nulle, car le contenu signalé comme relevant d'abus sur mineurs reste conservé pour les obligations de signalement légal, quelle que soit la politique de rétention affichée.

Pour un responsable de la conformité en Europe, ce point mérite une attention particulière : la surveillance croisée de plusieurs sessions constitue une finalité de traitement distincte de la fourniture du service d'IA elle-même. Le principe de limitation des finalités impose de documenter cette nouvelle finalité pour elle-même, indépendamment de la base légale retenue pour l'usage principal du modèle, et d'évaluer si elle justifie une mise à jour du registre des traitements, voire une analyse d'impact, dès lors que le dispositif est activé sur des flux contenant des données à caractère personnel.

Pourquoi le Zero Data Retention ne vaut pas certification RGPD

Un périmètre technique plein d'angles morts

Un guide de recherche publié par CASRAI, vérifié le 16 août 2026 sur la documentation d'API et la page de confidentialité entreprise d'OpenAI, détaille ce que le ZDR couvre exactement outre-Atlantique. Le rappel technique est utile pour un contexte européen : sans ZDR, OpenAI conserve par défaut les entrées et sorties de l'API jusqu'à 30 jours pour surveiller les abus, avant suppression, sauf obligation légale de conservation plus longue. Avec le ZDR approuvé, le paramètre de stockage est forcé à faux sur les points de terminaison éligibles, ce qui empêche cette copie de subsister.

Mais le dispositif n'est ni universel ni automatique. Selon CASRAI, le ZDR ne couvre pas l'API Assistants, les Threads, les Vector Stores, les Conversations, les tâches de fine-tuning, les Batches ni les Evals : un DSI dont le pipeline s'appuie sur l'un de ces composants doit savoir qu'ils resteront hors du dispositif même après approbation sur le reste du compte. Le ZDR n'est en outre pas activable en libre-service : il suppose une demande préalable auprès d'OpenAI, généralement réservée aux organisations démontrant un besoin de conformité réel, avec la signature d'un avenant contractuel dédié.

Ce que le RGPD exige, au-delà du réglage de conservation

La rétention zéro répond à une seule exigence du RGPD : la limitation de la durée de conservation prévue à l'article 5. Elle ne dit rien, en tant que telle, sur la base légale du traitement, sur l'existence d'un contrat de sous-traitance conforme à l'article 28 encadrant les instructions, la confidentialité et l'assistance du sous-traitant, ni sur le mécanisme encadrant les transferts de données personnelles hors de l'Union européenne, puisqu'OpenAI est une société de droit américain. Nos sources, toutes anglophones et centrées sur le cadre réglementaire américain (HIPAA, FISMA, informations sensibles fédérales), ne précisent pas quels outils contractuels spécifiques OpenAI propose à ses clients européens pour couvrir ces points : un DSI français ne peut donc pas déduire de l'annonce du 19 août qu'un contrat de sous-traitance ou un mécanisme de transfert est automatiquement en place, il doit le demander explicitement à son interlocuteur commercial.

Exigence de conformitéCouverte par le ZDR seul ?Ce qu'il faut vérifier en complément
Limitation de la durée de conservation (art. 5 RGPD)Oui, pour les points de terminaison éligibles et approuvésConfirmer que le paramètre de stockage est bien désactivé sur les points de terminaison réellement utilisés, pas seulement au niveau de l'organisation
Base légale et finalité du traitementNonDocumenter la finalité, y compris celle de Private Safety Processing si activé
Contrat de sous-traitance (art. 28 RGPD)NonObtenir un accord contractuel dédié couvrant les instructions, l'audit et l'assistance du sous-traitant
Transferts hors Union européenneNonVérifier le mécanisme de transfert applicable avec OpenAI, société de droit américain
Points de terminaison hors périmètre (Assistants, Threads, fine-tuning, Batches, Evals)NonIdentifier les composants de votre pipeline qui échappent au dispositif
Obligations légales de conservation (signalement, réquisitions)NonAnticiper que certains contenus signalés restent conservés malgré l'annonce de rétention zéro

OpenAI face à Anthropic : la confidentialité comme argument commercial

Cette annonce s'inscrit dans une rivalité affichée avec Anthropic. TechCrunch relève qu'Anthropic a adopté en juillet 2026 une politique conservant, pendant 30 jours, l'ensemble des sessions et conversations des utilisateurs pour ses modèles dits couverts, une catégorie qui inclut les modèles de classe Mythos et les futurs modèles aux capacités similaires comme Fable, à des fins de sécurité. Cette politique aurait, selon TechCrunch, contrarié une partie de la clientèle d'Anthropic qui manipule de grands volumes de données sensibles. OpenAI met en avant Private Safety Processing comme une alternative qui élargit la portée du ZDR sans imposer cette conservation.

Sunil Agrawal, responsable de la sécurité des systèmes d'information chez Glean, estime que l'adoption de l'IA en entreprise dépend du contrôle qu'exerce le client sur ses données, sans usage direct ou dérivé au-delà du service choisi. Ashish Nagar, cofondateur et dirigeant de Level AI, ajoute que les entreprises devront savoir précisément comment leurs données sont stockées et utilisées, pour éviter qu'une boucle d'apprentissage continu ne se mette en place à leur insu. Ces déclarations, rapportées par CX Today, situent bien l'enjeu commercial : la confidentialité devient un critère de sélection aussi déterminant que la performance des modèles, dans un contexte où les deux entreprises préparent chacune une introduction en bourse.

Ce qu'un DSI français doit vérifier avant d'activer le dispositif

Avant d'annoncer à une direction juridique ou à un comité d'audit qu'un usage de l'API OpenAI est couvert par la rétention zéro, plusieurs vérifications s'imposent :

  • Confirmer que les équipes utilisent l'API sous contrat entreprise, et non des comptes ChatGPT individuels, soumis à des conditions distinctes.
  • Lister précisément les points de terminaison utilisés dans le pipeline et vérifier lesquels sont éligibles au ZDR, sachant que l'API Assistants, les Threads, le fine-tuning, les Batches et les Evals en restent exclus selon la documentation analysée par CASRAI.
  • Demander l'approbation formelle auprès d'OpenAI, la rétention zéro n'étant pas activable en libre-service, et obtenir l'avenant contractuel correspondant.
  • Faire préciser par OpenAI le mécanisme de transfert applicable aux données personnelles traitées, et l'existence d'un contrat de sous-traitance couvrant les obligations de l'article 28 du RGPD.
  • Documenter, si Private Safety Processing est activé, la finalité spécifique de la surveillance croisée de sessions dans le registre des traitements.
  • Attendre la publication du livre blanc technique annoncé pour septembre 2026 avant de considérer le dossier comme clos, puisque les modalités précises d'éligibilité n'ont pas encore été détaillées par l'entreprise.

D'autres éditeurs choisissent une approche différente pour limiter l'exposition des données personnelles envoyées à des modèles tiers. Moon AI, plateforme française qui donne accès à plus de 70 modèles dont GPT, Claude, Gemini, Mistral ou DeepSeek sous un abonnement unique, applique par exemple un mécanisme nommé Moon Blur, qui remplace les données personnelles par des jetons avant l'envoi aux modèles tiers puis les rétablit au retour. Ce procédé étant réversible, il s'agit d'une pseudonymisation au sens de l'article 4-5 du RGPD, et non d'une anonymisation : les requêtes transmises aux fournisseurs de modèles tiers quittent bien la France après pseudonymisation, même si l'application et le stockage de Moon AI sont hébergés chez OVHcloud à Strasbourg et Roubaix. Cette approche ne dispense pas davantage qu'une rétention zéro des vérifications contractuelles habituelles, mais elle illustre qu'il existe plusieurs manières de traiter le risque, en amont de l'envoi des données plutôt qu'après leur traitement.

Questions fréquentes

Le Zero Data Retention rend-il OpenAI conforme au RGPD ?

Non. Le dispositif répond uniquement à l'exigence de limitation de la durée de conservation. Il ne dispense pas de vérifier la base légale du traitement, l'existence d'un contrat de sous-traitance conforme à l'article 28 du RGPD et le mécanisme applicable aux transferts hors de l'Union européenne, puisqu'OpenAI est une société américaine. Les sources disponibles ne précisent pas les instruments contractuels proposés spécifiquement aux clients européens.

Le ZDR s'applique-t-il à mon usage quotidien de ChatGPT ?

Non, sauf configuration entreprise spécifique. Le dispositif concerne l'API pour des clients éligibles ayant obtenu une approbation, pas les comptes ChatGPT gratuits ou Plus, qui restent soumis à des conditions grand public où les conversations peuvent par défaut contribuer à l'entraînement des modèles.

Que couvre exactement Private Safety Processing ?

Il s'agit d'une surveillance automatisée qui analyse plusieurs interactions liées entre elles pour détecter des schémas d'abus, sans que le personnel d'OpenAI n'accède au contenu, sauf en cas de signal déclenché nécessitant une action. La fonctionnalité est en prévisualisation auprès de clients sélectionnés, avec un déploiement plus large annoncé pour septembre 2026 accompagné d'un livre blanc technique.

Existe-t-il des exceptions à la promesse de rétention zéro ?

Oui. Selon un consultant cité par Computerworld, le contenu signalé comme relevant d'abus sur mineurs reste conservé pour répondre aux obligations légales de signalement, quelle que soit la politique de rétention affichée par ailleurs. Cette réserve illustre que les obligations légales de conservation priment toujours sur les engagements commerciaux de suppression des données.

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